Chaque pièce de serrurerie fabriquée par Maison Fontaine porte en elle l’héritage d’un savoir-faire séculaire. Les ateliers installés à Saint-Blimont, dans le pays de Vimeu en Picardie, poursuivent une ancienne tradition serrurière qui occupait les paysans durant l’hiver, avant d’être développée par Colbert au XVIIe siècle. Désormais, Maison Fontaine emploie toute l’année des artisans d’art pour perpétuer ces savoir-faire. Riche d’un catalogue d’environ 30 000 moules, datant des années 1740 pour les plus anciens, cette institution charge son propre bureau d’étude d’adapter les pièces historiques moulées aux intérieurs contemporains et de développer de nouvelles créations, coulées quant à elles en fontes à la cire perdue.
En 1982, Maison Fontaine quitte le giron de la famille éponyme pour entrer dans celui d’Henri Morel, dirigeant du groupe Dény Security. Si les clefs changent de main, l’esprit de la maison demeure l’un des plus précieux atouts de son patrimoine. Aussi, la rencontre d’Antoine Douville, directeur général adjoint de Maison Fontaine, et de Valérie Maltaverne, directrice de la création et fondatrice du studio Ymer&Malta, a ouvert un nouveau chapitre de la création contemporaine.
Après sa collection The Great Lady renouvelant profondément la tapisserie d’Aubusson, Valérie Maltaverne a procédé à une relecture actuelle de la serrurerie d’art. Le répertoire technique et ornemental des vingt-huit pièces créées, dont des boutons et poignées de porte, des entrées de serrure ou un heurtoir, se décline dans la silhouette épurée d’un scarabée. Ses lignes égyptiennes renaissent dans le dessin minimaliste des élytres, tandis que sa robe métallique s’habille de neuf patines allant de l’or au bronze médaille.
Pour la première fois, Maison Fontaine a utilisé l’impression 3D pour la conception des prototypes

© Maison Fontaine
Dialogue entre passé et présent
Pour la première fois, Maison Fontaine a utilisé l’impression 3D pour la conception des prototypes. Ce nouvel outil a permis d’affiner chaque pièce de la nouvelle collection, notamment pour définir les stries irrégulières du heurtoir et de son bouton de porte, en hommage au travail manuel. La production artisanale demeure quant à elle inchangée : à partir de la forme modèle, les fondeurs d’art coulent le laiton pour obtenir une pièce brute. Les tourneurs régularisent les surfaces et préparent les différents éléments avant leur assemblage. Viennent ensuite les ciseleurs, chargés de peaufiner les délicats reliefs du décor. L’étape du polissage magnifie enfin le métal qui reçoit une finition répondant à la demande du client. Patine, dorure, laque, presque toutes les adaptations sont possibles. L’assemblage de tous les éléments conclut ce processus patient et permet de vérifier l’alignement, la qualité et le bon fonctionnement de la pièce.
La société perpétue ainsi les gestes d’un métier discret, souvent méconnu, mais essentiel au raffinement des intérieurs. Jouant du contraste entre surfaces polies et matière laissée brute, le coléoptère imaginé par Valérie Maltaverne semble venir naturellement se poser sur les portes et les fenêtres, donnant un nouvel envol à la tradition défendue par Maison Fontaine. Avec cette collection, l’une des plus anciennes serrureries d’art d’Europe ouvre grand ses portes au XXIe siècle.
Joseph Fontaine et son cousin François reprennent dans les années 1840 une entreprise fondée pile un siècle plus tôt, en 1740, par un certain monsieur Lavollée. On ne sait de lui quasiment rien, si ce n’est que son commerce fournissait de la ferronnerie d’art, des espagnolettes aux clefs, et toutes sortes de pièces en métal ouvragé. La reprise du fonds de commerce par les deux jeunes associés comprenait aussi des moules anciens qui leur ouvrirent les portes des plus beaux châteaux et hôtels particuliers de Paris et ses alentours. Car, au mitan du XIXe siècle, constructions bourgeoises et restaurations d’anciens domaines royaux se multiplient, exigeant dans une France en plein boum économique ce qu’il y a de meilleur et de plus beau. Parallèlement, les deux cousins créent des modèles dans l’air du temps, et sont ainsi retenus pour fournir les grandes gares parisiennes. Maison Fontaine devient rapidement une référence dans son domaine et prospère joliment. Dans les années 1860, les cousins acquièrent un immeuble rue Saint-Honoré, dans une partie duquel est toujours installé l’espace d’exposition, donnant désormais sur la rue de Rivoli. Toutefois, cette décennie voit disparaître François des affaires, Joseph étant emporté par la maladie à l’âge de 44 ans. Sa veuve, née Ferté, et un de ses parents nommé Vaillant, assurent dix ans d’intérim, durant lesquels Maison Fontaine intervient à Chenonceau, à l’Opéra et à l’Hôtel de Ville de Paris.
Lorsque le fils de Joseph, Henri, prend la direction de l’entreprise en 1889, celle-ci compte alors 80 ouvriers et jouit d’une solide réputation. Avec son frère Lucien, il la développe, ouvre un atelier à Boulogne-sur-Seine, des comptoirs au Tonkin et en Chine, et rachète la maison Fromentin, spécialisée dans la quincaillerie courante. Proche d’Antoine Bourdelle, il fréquente Aristide Maillol, Auguste Rodin et Camille Claudel. Quant au frère cadet Arthur, diplômé de Polytechnique et de l’École des mines, il évolue au cœur de l’intelligentsia parisienne. Chez lui, Maurice Denis offre des cartons de broderie et peint Marie Fontaine, son épouse, également croquée par Odilon Redon et Édouard Vuillard. Dans ce cercle bourgeois parfaitement implanté dans les réseaux artistiques précurseurs de la capitale, l’émulation insuffle à Maison Fontaine le goût des avant-gardes et avec elle, l’avènement d’une nouvelle tradition familiale.

© Maison Fontaine
Le virage de la modernité
Alors que l’art nouveau voit le jour, Henri Fontaine accompagne le premier cette évolution stylistique. Aux côtés d’Hector Guimard, il signe sa première collaboration avec un architecte reconnu qui garde cependant la pleine propriété des moules. On peut admirer au musée d’Orsay quelques pièces réalisées pour le Castel Béranger, en attendant l’ouverture du futur musée Guimard dans l’hôtel Mezzara, à Paris. Au fil des expositions universelles et des récompenses, Maison Fontaine s’affirme comme une entreprise innovante, attentive à la transmission des savoir-faire et à leur renouvellement face à l’industrialisation, ou combinée avec elle. C’est ainsi qu’elle présente, à l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, des « objets d’utilité » et des pièces « uniquement décoratives, ressortissant même à la grande sculpture ». Toutes sont dessinées par des noms qui feront date.
Cette fois, c’est à Henri-Jean Fontaine, fils d’Arthur, que l’on doit d’avoir réuni, dans la première catégorie, des œuvres de Süe et Mare, André Prou, Gaston Le Bourgeois et André Groult, bientôt suivis de Ruhlmann et Puiforcat. La seconde rassemble quatre heurtoirs signés Antoine Bourdelle, Aristide Maillol, Joseph Bernard et Paul Jouve, qui témoignent de l’ambition artistique de l’entreprise. Le défi du marché des grands paquebots est relevé par Renan de la Godelinais, élève et collaborateur de Ruhlmann, qui dessine pour Maison Fontaine des serrures pour les transatlantiques.
L’entreprise implante alors des comptoirs à New York, puis à Buenos Aires. En parallèle, elle poursuit la production de pièces dans les grands styles historiques français, pour les palaces (du Crillon au Bristol et au Cap-Eden-Roc), les anciens domaines royaux, publics ou privés, tels Versailles et Louveciennes, ou pour les particuliers du monde entier. Un mariage de la tradition et de la modernité qui se poursuit de nos jours.
à savoir
tél. : 01 42 61 51 53
www.decofontaine-paris.com






















